le logo de défi levant

article de Philippe Chelle 1998

paru dans
Vol Libre
date de publication
Août 1999
auteur du texte
Philippe Chelle

Une journée du Défi Levant...

Au bord du grand pré deux tracteurs, moteur au ralenti, sursautent au rythme de leurs vieux pistons, toussotant et crachotant quelques ronds de fumée bleu noir qui avouent l'âge respectable de la machine.

Leurs conducteurs en bleu de travail quelques pas plus avant, mains appuyées sur les hanches contemplent nos curieuses constructions de tubes et de toiles. Une telle animation est rare dans ce pré. Hier encore gentil pâturage, aujourd'hui champ d'aviation. Les bovins en oublient l'express de 14 heures 30; habitués à tourner la tête de gauche à droite à la poursuite du grand cheval de fer qui traverse la plaine sans laisser échapper un seul hennissement, aujourd'hui ils apprennent à l'incliner de bas en haut à la recherche du gros insecte bourdonnant. Côté agriculture, le fourrage attendra bien encore un peu avant d'être retourné.

Côté Défi Levant, c'est l'animation qui précède les grands événements. Le ciel se découvre à toute pompe(on l'espère du moins).Après trois jours moroses, le Défi Levant est sur sa rampe de lancement. Y a-t-il un pilote dans l'ULM de lancement? Justement non! Il était là il y a trois jours quand il pleuvait des cordes à rigoler avec nous au bistrot. Côté contrôle du bar ,il était parfait. Était-il aussi bon à la barre de contrôle ,on ne le saura jamais : prévenu trop tard ,il n'avait pu se libérer.

Jean nous harangue : "le défi levant doit progresser" et donc se sacrifie : "je remorquerai moi-même, accrochez-vous!" Vincent et Louis se préparent, je remplace Joël aux public-relations, ce qui me permet, moi bizut du Défi d'observer la sûreté de la manip.

C'est l'option avec ou sans chariot.

Le chariot est cette petite merveille qui nous permet de nous envoler sans faire un pas, en roulant, comme un Boeing. Il suffit d'ouvrir les mains au moment où l'on décolle pour ne pas partir avec ......Les autres en ont besoin.

Nos hôtes agriculteurs n'en perdent pas une miette, s'enhardissant à tâter un bord d'attaque et soupeser un bout de plume. La cigarette en coin, goguenards, ils commentent : "c'est bien joli, mais ça a pas l'air bien solide ;ça serait mieux si c'était construit chez Massey-Fergusson, mais à tout bien réfléchir peut être que ça volerait pas aussi bien!"

Cependant les décollages s’enchaînent rapidement et tout le monde semble tenir. D'ailleurs me voici en l'air, j'ai largué dans ce que je croyais être une pompe,et, surprise, s'en était bien une. Je la suis jusqu'au plafond, bien décidé à ne pas la lâcher tant qu'il n'y aura pas marqué en rouge sur le nuage : ‘’prochaine pompe en suivant la flèche à 5 minutes’’ Overdrive tendu. Ici ça ne monte pas trop vite ,ça zérote même, mais enfin je fais la route avec le vent.

Il y en a qui ne se font pas......En effet voilà Nicolas qui largue sa remorque juste sous moi au raz du plafond. Èvidemment, monter avec l'ULM ça va plus vite. Sur l'élan il en profite même pour me passer sur la tête. La radio est saturée par la voix de Jean qui du haut de son ULM, tel un général en campagne commente et coordonne l'avancée de tout ce qui roule et vole : "Marie et Luc prenez le wagon et la fusée(nom de code pour le renault espace et la petite seat TDI de Louis), retournez sur Echiré, prenez à la sortie du village à gauche la D515 et ensuite à 350 mètres à droite il y a Louis qui attend une recup" Comment fait-il pour lire le numéro des départementales de si haut ?

Et ça continue : "Vous jetez l'aile sur la galerie, et vous l'amenez dans le champ où Vincent est posé en prenant la N;;;machin puis la D bidule. Qu'il redéplie vite, le champ est redécollable, je largue.......et j'arrive."

Pendant ce temps nous nous sommes rapprochés de Niort : par où contourner cette grande ville ? Est, Ouest ? Nicolas est toujours insolemment planté 100 mètres au dessus de moi : "on passe au dessus du centre ville et autant quitter de suite le thermique, ça ne monte plus!"

La sortie sud a beau être à finesse 4 vent dans le dos, j'aime pas le centre ville, je préfère la rocade extérieure, celle qui passe à travers les grands champs. Si jamais le vent tourne ,que ça dégueule pendant 10 minutes à -5 m/s, on se pose où?

Que des toits!

pense à rien ce Nicolas!........Une longue glissade calme au dessus de la ville à deux ,c'est quand même sympa.

De l'autre côté ,ça bouge, ça ondule, ça s'agite, mais ça ne monte pas : le thermique est fuyant cette année. Nicolas, lui est déjà satellisé, d'ailleurs je ne le vois plus. Il m'a juste dit qu'il en avait marre de m'attendre, et qu'il partait devant. La radio est toujours saturée par le rire gras et sonore de Joël répondant aux blagues de Jeannot.

Sous moi à 400 mètres environ il y a la zone industrielle zébrée de lignes électriques haute tension, moyenne tension, basse tension, ponctuée de pylônes de toutes sortes qui ainsi que des chevaux de frises repoussent le deltiste venu du ciel. Des petits avions qui ne sont pas des maquettes s’alignent quelques centaines de mètres dessous pour se poser. Il ne manque plus qu'une ferme avec des crocodiles pour en faire un véritable enfer du libériste en manque.........d'altitude.

Bref: soit ça monte et vite ,soit je dégage pour me poser un peu plus loin. Pourtant le thermique n'est pas loin.

Impossible de me concentrer la radio fait trop de raffut. De rage, j'arrache le fil du HP . Ouf! dans le calme et la sérénité retrouvés, le thermique se laisse approcher. Les lignes, les avions, la ferme aux crocodiles retournent dans leur tanière, réduisent de taille et finissent par devenir ridiculement petits. Le silence et la quiétude azuréenne me tendent les bras, le vol se prolonge. Le bonheur est parfait : les champs sont immenses, plats, bordent la route nationale, et se succèdent à perte de vue. Que de la campagne à survoler!

Cependant les thermiques sont un peu asthmatiques et me remontent chaque fois un peu moins haut, mais je m'applique : ainsi que le prêche notre gourou du sud ouest : "tout le secret est dans la prospection".

De ce côté là ,j'ai encore des progrès à faire, je me pose donc fourbu mais content à côté d'un village. Justement Luc arrive à Loulay avec la voiture. Quand la providence guide directement la récup vers vous c'est un signe favorable.

Il convient d'arroser ça au bar le plus proche.

Fin de la journée de vol, début donc de la séquence bistrot, blagues et histoires en tout genre. Juste se signaler à Jean et à son ULM avant de fermer la radio:

"-Jean je suis bien posé à Loulay ,la récup est là,je plie l'aile et....

comment ...si mon champ est redécollable ?

je ne sais pas .......euh .......non ,c'est un labour!"

Justement le voilà qui apparaît juste au dessus des peupliers. Une ligne de remorquage suit l'ULM; un oubli sans doute! Rapidement il se pose dans le champ voisin qui est un magnifique pré. On échange juste quelques mots : la ligne est prête , Joël attend pour redécoller. J'hésite un peu, mais si on veut le boucler ce tour du monde, il faut s'envoler.

C'est reparti, bien accroché à la ficelle qui me relie à l'ULM, je transforme mes petits pas boueux en longue foulée de plus en plus aérienne et de moins en moins boueuse. Adieu atmosphères enfumées d'arrières salles alcoolisées, lieux de perdition éthyliques que sont les bars de province et d'ailleurs! Bonjour cieux d'une profondeur insondable, d'une limpidité virginale, délicatement ourlés de blanches nuelles, le Défi reprend son essor!!!...

Philippe Chelle
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