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article de Philippe Chelle 1999

paru dans
Vol Libre magasine
date de publication
juin 2000
auteur du texte
Philippe Chelle

Octobre 99

Durant le mois d’octobre le soleil baisse rapidement sur l’horizon : l’ensoleillement diminue rapidement tout au long du mois, et les régions montagneuses deviennent rapidement fraîches. Le Défi Levant embarqué pour sa dernière expédition de l’année prés du Puy-en-Velay a rencontré des conditions difficiles pour le vol ainsi que pour le camping, comme en témoignent ces quelques lignes.

La veille, la serveuse du restaurant ne cachait pas son inquiétude de nous savoir campeur itinérant. Elle était, pour nous sauver, à deux doigts de nous proposer sa grange, mais les granges on connaît ça très bien ; nous étions également à deux doigt de liqueur de prunes, en voie d’assoupissement béat, envahis par la douce chaleur distillée par les quelques braises veillant encore sous une cendre qui lentement les éteignait. Les récits épiques et colorés de nos vols à venir nous avaient laissé un doux sourire au coin des lèvres, et nous avions complètement oublié la nuit sibérienne qui nous attendait. Et pourtant, à l’intérieur du duvet Himalaya modèle Everest face Nord, le froid s’insinue, et la nuit est brève.

Le matin découvre un de ces campements atypiques, dont seul le Défi Levant réussit l’exacte composition : chacun s’est adapté pour survivre au froid.
Au lever certains indices ne trompent pas : le thermomètre est en panne pour cause de mercure gelé, le miel est dur, le chocolat cassant et le beurre a résisté aux assauts des couteaux les plus affûtés. Les thermiques risquent donc d’être tardifs.
Tout en piétinant et en se frappant les mains dans l’espoir de se réchauffer une petit peu, le campement s’éveille.
La malle de la ZX s’ouvre, dévoilant Stéphane, notre pilote remorqueur, emmitouflé dans son duvet polaire et qui finit par nous expliquer que la diagonale du coffre de son automobile s’accorde à peu prés correctement à ses mesurations (légèrement plié tout de même) et que si personne ne claque la malle, il a même de l’air pour respirer.
Jean sort la tête de sa tente dôme. Avec son long cou et son nez anguleux, c’est une vraie tortue qui sort de sa carapace…Pour voir, et la rentre aussitôt…rien ne presse ! Vincent déjà debout se désespère. Comme souvent il est partagé entre l’envie de voler avec ses bons copains et un reste d’éducation rigoriste renforcé parla conscience de son grade de capitaine de l’armée française qui lui interdisent de se commettre avec des gens si peu fréquentables. Ce matin là, constatant que le ciel est couvert sinon chargé, que le beurre est dur, que la petite cuillère est définitivement perdue au fond du pot de miel, que le café est à peine dégelé, il a un éclair de lucidité, et nous plante là préférant la perspective d’une douce nuit contre les fesses chaudes de Corinne à un prochain campement dans la lande auvergnate balayée par le blizzard, fut-il au milieu de paysages magnifiques.

Cependant de petits mieux en éclaircies, de plafond que s’élève en thermomètre qui dégèle, nous décidons que la journée serait volable et qu'il faudrait donc la tenter.
Et si parfois nous faillîmes nous plaindre de plafonds à 500 mètres sol, cette fois-ci nous étions heureux d’en avoir 300. Cela fut suffisant pour offrir quelques rebonds à Jean, Nicolas et Fredo particulièrement motivés, qui parcoururent ainsi une quinzaine de kilomètres.
Pour ma part, je goûtais le bonheur rare de commencer une approche juste après avoir quitté les barbules et me posais dans le même temps qu’il faut pour l’écrire.
Noël se récupère à deux doigts de l’apéro, n’y comprend goutte, malgré ça refait le plein, continue son vol et finit par une bonne descente. Il guidera rapidement la récup vers lui pour arroser tout ça au zinc le plus proche.
Dimanche. Conditions au sol :brume puis grand beau temps sans vent, air frais et stable. Lorsqu’en montant derrière le remorqueur, tu peux sans problème rouler une clope, le plafond atteint, il vaut mieux se la fumer tranquille en regardant le paysage plutôt que de s’escrimer à chercher un thermique qui n’existe pas. N’étant pas fumeur, je passais donc en revue tous les pièges à thermique. Tous les sens en éveil, l’œil guettant le moindre signe d’agitation de l’atmosphère, étudiant la topographie, les contrastes de couleur au sol. L’esprit analysant les possibles systèmes de brises, le corps souple et relâché afin de percevoir les moindres vibrations de l’aile. Le chasseur de thermique modèle Défi Levant amélioré 99, équipé de la dernière électronique tip-top, en contact radio permanent avec les meilleurs spécialistes du vol de plaine est en action, en chasse plutôt. Concentré sur sa tâche, le cerveau bouillonnant (c’est dommage que ça ne crée pas de thermique, ça), il est habité par le souci de l’efficacité et de la performance. Bref, il n’est pas là pour regarder le paysage ! Et pourtant, et pourtant !
Malgré tous ses efforts, la gravité sait son œuvre :le pilote est déçu et l’aile retombe inexorablement. Pas de miracle donc, Dieu ne travaille pas le dimanche ; le pilote finit donc par se poser et annonce avec gravité : « Newton avait raison »
Prêt à répondre aux questions sur les caractéristiques de la masse d’air, il est accueilli ainsi : « tu as vu les Alpes comme elles sont belles, je ne n’ai jamais rien vu d’aussi beau, j’espère que tu en as profité, c’est vraiment exceptionnel de les voir ainsi ! »

Philippe Chelle
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